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la nature au service de notre santé

Plantes médicinales : la nature au service de notre santé

Environnement

L’industrialisation avait quelque peu éclipsé leurs précieuses vertus. Aujourd’hui, les plantes médicinales retrouvent leurs lettres de noblesse et les Suisses y recourent pour leur bien-être et leur santé.

by

Lea Huszno

expandDernière mise à jour 18 avril 2019

Il suffit de penser à la sauge, à l’arnica, à la menthe ou encore à l’edelweiss. Plantées dans le potager, rencontrées sur un chemin de montagne ou dégustées en tisane, les plantes médicinales retrouvent depuis quelque temps une place qu’elles avaient perdue au sein de notre société. Le savoir des anciens a été occulté dès le début de l’industrialisation mais, depuis une dizaine d’années, les plantes rencontrent de nouveau un bon accueil dans les foyers suisses. «Ma grand-mère ne connaissait pas le nom des plantes, mais elle savait à quoi elles servaient», relève Maurice Masserey. L’agriculteur valaisan cultive différentes sortes de plantes depuis les années 1980.



Les plantes, un métier

Les plantes médicinales sont devenues une source de revenu complémentaire pour lui, qui est aussi le policier de son village. En 1984, la célèbre marque de bonbons Ricola (entreprise suisse de confiserie à base de plantes des alpes) recrute des producteurs. Maurice et sa femme se portent candidats et ils obtiennent le mandat avec d’autres producteurs régionaux. Les Masserey fournissent aujourd’hui presque l’intégralité de leurs récoltes à Ricola. Ils cultivent principalement de la sauge, de la mélisse, de l’hysope et de la menthe. En 2017, ils ont livré dix tonnes de plantes séchées à la marque de bonbons. La quantité requise leur est annoncée en avril et suivant la météo, les premières récoltes ont lieu dès le mois de mai. Chaque champ produit deux à trois récoltes par an entre le printemps et l’été. Les Masserey sèchent leurs plantes dans un séchoir solaire. «Le séchage peut prendre entre deux et cinq jours en fonction de l’ensoleillement. Plus la température est élevée,  plus les plantes sèchent vite», explique Maurice. Des plantes qui perdent une grande partie de leur volume en séchant. «Nous produisons sept tonnes de sauge, une tonne de menthe, huit cents kilos d’hysope et six cents kilos de mélisse. La sauge, par exemple, a un facteur de sept, ce qui veut dire qu’avec sept cents kilos de sauge fraîche, nous obtenons cent kilos de sauge séchée». 

En Valais, la majorité des producteurs de plantes médicinales sont regroupés au sein d’une coopérative. Isabelle Gabioud est une productrice indépendante. «Cela me permet de cultiver des plantes à la demande, sans obligation de quotas». Isabelle est une autodidacte reconnue. «J’ai commencé à confectionner, pour mon propre usage, des produits à base de plantes que je ne trouvais pas dans le commerce. Je me plais à essayer des produits dont on a pratiquement oublié les recettes. Après avoir goûté mon sirop de menthe, les anciens ont compris mon intérêt pour les plantes. J’ai alors commencé à me balader avec eux dans le village», se rappelle Isabelle, qui a aujourd’hui développé sa propre marque de produits naturels. «Le problème, c’est qu’ils savaient à quoi servaient les plantes, mais ne connaissaient pas leurs noms. Je cueillais des variétés sur lesquelles je collais des post-it après les avoir identifiées dans des livres. Puis j’ai élaboré de plus en plus de produits que je partageais avec des personnes de mon entourage. Ce sont elles qui m’ont incité à les vendre». 

Curiosité et utilité

De fil en aiguille, Isabelle Gabioud, qui travaille au sein du service valaisan de l’agriculture, se dédie de plus en plus à ses plantes et à leur transformation. Si bien qu’elle décide finalement de s’y consacrer complètement. Sirops, bonbons, tisanes, pâtes de plantes et cosmétiques sont devenus son quotidien. «Chez nous, tout est récolté à la main et je sais pourquoi. C’est une pratique à laquelle je tiens et que je ne changerais pour rien au monde, même si la quantité produite est moindre. Ainsi cueillie, la plante garde la grande majorité de ses propriétés naturelles».

La société Pharmalp travaille avec des cultivateurs locaux comme Isabelle. Basée en Valais, elle développe et commercialise des produits d’origine naturelle, validés scientifiquement et composés de plantes alpines. Les compléments alimentaires ou les cosmétiques qu’elle produit sont développés en fonction des besoins de la population. Dans son assortiment, on trouve notamment un gel apaisant contre les irritations de la peau à base d’edelweiss, de millepertuis ou encore de thym cultivés par Isabelle Gabioud. «Nous nous inspirons du savoir des anciens et nous faisons des études d’optimisation pour fabriquer nos produits», témoigne Philippe Meuwly, le directeur de Pharmalp. Selon ce biologiste, qui a travaillé dans le domaine pharmaceutique durant quinze ans, les plantes médicinales ont des vertus préventives qui permettent de se maintenir en bonne santé. «Les plantes médicinales sont utilisées depuis longtemps, c’est un savoir-faire complexe mais sûr». Une utilisation qui ne remplace toutefois pas la médecine curative ou thérapeutique. 

Philippe Meuwly estime que la population suisse a aussi repris conscience des vertus de la nature grâce à la richesse de son environnement. «Les gens ont envie de vieillir en bonne santé et, si possible, sans substances chimiques». Les possibilités locales, mises en valeur grâce à des connaissances ancestrales ou plus récentes, permettent de vivre mieux. C’est une approche respectueuse de la nature qui séduit. 

Chez la productrice valaisanne originaire d’Orsières, la culture se fait à la demande. «Pour la fabrication de mes produits, j’utilise une gamme de plantes de base, comme la sarriette, la mauve, ou le genepi. Je cultive également d’autres variétés sur demande et cueille les plantes sauvages qui poussent sur mes parcelles».

Générosité naturelle

Isabelle Gabioud et Maurice Masserey ne sont pas avares de leur savoir. «Je n’ai pas de problème à partager mes recettes, je n’ai pas peur de la concurrence, il y a de la place pour tout le monde. J’ai bénéficié du partage des anciens et il me semble donc évident de partager moi aussi», témoigne Isabelle. Maurice accueille régulièrement des visiteurs sur son exploitation et ressent un intérêt croissant de la part du public pour les plantes médicinales.

«L’industrialisation a synthétisé et simplifié les choses. Acquérir un savoir-faire est devenu plus difficile que produire. C’est pour ça que le naturel a été mis de côté. Mais on y revient parce que les plantes ont plus de vertus, leur champ d’action est plus vaste».

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